vendredi 27 mai 2016
Capacité de cryptage de l'EI
Suite à l'obtention d’ordonnances, le Bureau suit les recruteurs de l’Etat islamique sur Twitter et scrute les messages privés échangés entre les adhérents, a confié le directeur du FBI James Comey, lors d'une conférence de cybersécurité, mercredi à New York. Cependant, une fois que les commandants de l’EI ont trouvé une recrue prête à devenir kamikaze, leur communication se poursuit sur une plateforme chiffrée et "se perd dans les ténèbres", a-t-il ajouté.
Ces remarques du directeur du FBI font partie d'une campagne publique menée par la police et les services de renseignements américains pour obtenir l'accès aux téléphones et autres outils de communication cryptés, protégées par des logiciels promus par certaines entreprises et inaccessibles à la surveillance gouvernementale, a précisé The Wall Street Journal.
Après des années de mouvement vers la protection de la vie privée, alimenté par les révélations des programmes américains de surveillance, les attentats de Paris pourraient renforcer l'argument en faveur de l’accès aux communications privées dans l'intérêt du gouvernement, remarque le journal.
L’État islamique a fait preuve d'un savoir-faire étonnant dans l'utilisation des technologies. Les terroristes ont publié des vidéos expliquant à leurs adhérents comment échapper à la cyber-surveillance à moindre coûts et détaillant les techniques d’écoute et de filature des gouvernements.
D’autres bulletins de l'Etat islamique analysent les vulnérabilités des diverses marques d’équipement électronique et des applications de messagerie, les classant en fonction de leur capacité de contourner la surveillance.
Lors de la même conférence, l’avocat Cyrus Vance a noté que, même après l’autorisation judiciaire, son bureau n’a pas pu avoir accès aux preuves sur 111 des portables cryptés analysés. Les nouveaux systèmes produits par Apple et Google ne peuvent pas être déverrouillés sans le mot de passe de l’utilisateur, même par les entreprises elles-mêmes. M. Vance a réclamé une législation qui obligerait les sociétés à avoir la capacité de déverrouiller le téléphone d'un client lorsqu'un mandat de perquisition est présenté.
La fin de la liberté
Parmi les fins elles-mêmes, celles qui ont toujours paru les plus conformes à la liberté idéale, ce sont les fins intellectuelles, les idées, et parmi ces fins, les plus universelles. D'abord, l'idée la plus large et la plus universelle correspond au plus grand nombre possible de déterminations particulières: elle les résume en quelque sorte, comme un symbole algébrique, grâce à sa généralité supérieure, résume une bien plus grande quantité de choses ou de rapports qu'une formule arithmétique. Agir en vue d'une loi universelle, comme le veut Kant, c'est donc certainement faire preuve d'une liberté plus grande et d'une activité moins bornée que d'agir uniquement pour le particulier, sous l'immédiate influence de la sensation. Toutefois, ne l'oublions point, ce n'est pas comme pure forme que vaut alors la loi, c'est comme exprimant le fond à la fois le plus vaste et le plus concret possible, qui n'est autre que la totalité des individus auxquels la loi est applicable. Agir pour tous les individus, voilà la véritable liberté; car, c'est celle qui implique la plus grande indépendance par rapport à toutes les bornes de l'espace, du temps, du corps et de l'individualité même. Comme, d'ailleurs, nous ne pouvons pas directement atteindre tous les individus, la question se particularise de fait entre plusieurs individus ou entre plusieurs groupes: humanité, patrie, famille. Le plus souvent, c'est une relation entre deux personnes, ou entre une personne et un groupe. Mais, quelque particuliers que soient les termes de la relation, l'être intelligent peut agir à la fois selon les particularités et indépendamment de ces particularités; il tient compte des circonstances, et cependant il se propose un bien universel qui n'est pas tout entier dépendant de ces circonstances.
jeudi 11 février 2016
Fais-moi flipper, Flipper
C'est une expérience dont j'ai hésité à parler ici, parce que je n'avais pas envie que des Bardot me tombent sur le dos. Mais bon, j'ai finalement décidé de mettre les pieds dans le plat : la semaine dernière, j'ai nagé avec des dauphins à Cannes. Une expérience extraordinaire. Je crois que je me souviendrai longtemps de ce moment où j'ai touché la peau de l'un : sa peau avait un peu la texture du cuir, et un peu celle du plastique aussi. Etrange sensation. Je pourrais vous décrire mon aventure par le menu, mais je voudrais plutôt partager avec vous ce que j'y ai découvert sur le dauphin. Parce que je crois que tout le monde aime les dauphins. Difficile de ne pas se réjouir à la vue de ce gros poisson qui semble toujours sourire, qui sauve parfois la vie d'humains, et qui adore jouer ! Mais en réalité, la réalité s'avère « un peu » différente. D'abord, parce que ce n'est pas qu'un gros poisson. C'est un très gros poisson. Ils peuvent avoir l'air inoffensifs, avec leur gueule souriante qui sort de l'eau. Mais il ne faut pas se laisser avoir : lorsqu'on les rejoint dans l'eau, on aperçoit tout de suite leur force : ils pèsent 300 kg et sont capables de tuer un grand requin blanc, pour peu qu'ils s'y mettent à plusieurs. Leur aspect tout beau tout gentil est donc beaucoup moins flagrant, quand on est dans l'eau à leur côté ! D'autant plus que le dauphin ne correspond pas à l'image idyllique qu'on imagine : ils peuvent être extrêmement violents. Une des organisatrices a d'ailleurs avoué qu'il ne faut jamais nager avec eux en période de rut, parce que c'est trop imprudent ! Elle m'a aussi averti que les dauphins sont les seuls mammifères à séquestrer et perpétrer le viol en groupe ! Des gangs de dauphins mâles s'allient en effet pour bloquer une femelle dans un coin et lui passer dessus les uns à la suite des autres ! Et ça, pendant des jours, voire des semaines ! Franchement, si nous avions su cela plus tôt, pas sûr que nous aurions apprécié les aventures de Flipper, étant enfant ! Quoique, en dépit de tout ce que j'ai appris, lorsque je songe à cet instant incroyable où j'ai nagé avec des dauphins en Méditerranée, je suis ému. Que voulez-vous, je suis un romantique ! Suivez le lien si vous voulez faire de même, vous trouverez toutes les infos sur le site Nager avec les dauphins.
Les vérités expérimentales
La méthode expérimentale ne se rapporte qu'à la recherche des vérités objectives, et non à celle des vérités subjectives.
De même que dans le corps de l'homme il y a deux ordres de fonctions, les unes qui sont conscientes et les autres qui ne le sont pas, de même dans son esprit il y a deux ordres de vérités ou de notions, les unes conscientes, intérieures ou subjectives, les autres inconscientes, extérieures ou objectives. Les vérités subjectives sont celles qui découlent de principes dont l'esprit a conscience et qui apportent en lui le sentiment d'une évidence absolue et nécessaire. En effet, les plus grandes vérités ne sont au fond qu'un sentiment de notre esprit; c'est ce qu'a voulu dire Descartes dans son fameux aphorisme.
Nous avons dit, d'un autre côté, que l'homme ne connaîtrait jamais ni les causes premières ni l'essence des choses. Dès lors la vérité n'apparaît jamais à son esprit que sous la forme d'une relation ou d'un rapport absolu et nécessaire. Mais ce rapport ne peut être absolu qu'autant que les conditions en sont simples et subjectives, c'est-à-dire que l'esprit a la conscience qu'il les connaît toutes. Les mathématiques représentent les rapports des choses dans les conditions d'une simplicité idéale. Il en résulte que ces principes ou rapports, une fois trouvés, sont acceptés par l'esprit comme des vérités absolues, c'est-à-dire indépendantes de la réalité. On conçoit dès lors que toutes les déductions logiques d'un raisonnement mathématique soient aussi certaines que leur principe et qu'elles n'aient pas besoin d'être vérifiées par l'expérience. Ce serait vouloir mettre les sens au-dessus de la raison, et il serait absurde de chercher à prouver ce qui est vrai absolument pour l'esprit et ce qu'il ne pourrait concevoir autrement.
Mais quand, au lieu de s'exercer sur des rapports subjectifs dont son esprit a créé les conditions, l'homme veut connaître les rapports objectifs de la nature qu'il n'a pas créés, immédiatement le criterium intérieur et conscient lui fait défaut. Il a toujours la conscience, sans doute, que dans le monde objectif ou extérieur, la vérité est également constituée par des rapports nécessaires, mais la connaissance des conditions de ces rapports lui manque. Il faudrait, en effet, qu'il eût créé ces conditions pour en posséder la connaissance et la conception absolues.
Toutefois l'homme doit croire que les rapports objectifs des phénomènes du monde extérieur pourraient acquérir la certitude des vérités subjectives s'ils étaient réduits à un état de simplicité que son esprit pût embrasser complètement. C'est ainsi que dans l'étude des phénomènes naturels les plus simples, la science expérimentale a saisi certains rapports qui paraissent absolus. Telles sont les propositions qui servent de principes à la mécanique rationnelle et à quelques branches de la physique mathématique. Dans ces sciences, en effet, on raisonne par une déduction logique que l'on ne soumet pas à l'expérience, parce qu'on admet, comme en mathématiques, que, le principe étant vrai, les conséquences le sont aussi. Toutefois, il y a là une grande différence à signaler, en ce sens que le point de départ n'est plus ici une vérité subjective et consciente, mais une vérité objective et inconsciente empruntée à l'observation ou à l'expérience. Or, cette vérité n'est jamais que relative au nombre d'expériences et d'observations qui ont été faites. Si jusqu'à présent aucune observation n'a démenti la vérité en question, l'esprit ne conçoit pas pour cela l'impossibilité que les choses se passent autrement. De sorte que c'est toujours par hypothèse qu'on admet le principe absolu. C'est pourquoi l'application de l'analyse mathématique à des phénomènes naturels, quoique très- simples, peut avoir des dangers si la vérification expérimentale est repoussée d'une manière complète. Dans ce cas, l'analyse mathématique devient un instrument aveugle si on ne la retrempe de temps en temps au foyer de l'expérience. J'exprime ici une pensée émise par beaucoup de grands mathématiciens et de grands physiciens, et, pour rapporter une des opinions les plus autorisées en pareille matière, je citerai ce que mon savant confrère et ami M. J. Bertrand a écrit à ce sujet dans son bel éloge de Sénarmont: «La géométrie ne doit être pour le physicien qu'un puissant auxiliaire: quand elle a poussé les principes à leurs dernières conséquences, il lui est impossible de faire davantage, et l'incertitude du point de départ ne peut que s'accroître par l'aveugle logique de l'analyse, si l'expérience ne vient à chaque pas servir de boussole et de règle
La guerre sans nom
Il n’est pas possible d’avoir des dirigeants qui refusent de mener la guerre qui leur est livrée tout en accueillant à bras ouverts les victimes de ce conflit, qui est le nôtre.
La France et l’Europe tout entière sont en guerre. Nous sommes en guerre contre l’islamo-fascisme, comme l’a déclaré il y a quelques mois le premier ministre. Nous sommes en guerre contre les barbares de Dae’ch dont le but avoué n’est pas seulement de créer un état islamique, mais de venir bousculer l’Occident judéo-chrétien. Nous sommes en guerre contre un islam radical qui est déjà installé sur notre territoire et qui a organisé une cinquième colonne en liaison permanente avec ceux qui mettent à feu et à sang la Syrie. Nous sommes en guerre et, pour la première fois dans la longue histoire de notre vieux pays, nos dirigeants ne veulent pas faire la guerre, alors que 56 % des Français la jugent inéluctable. Tout juste sont-ils prêts à envoyer 17 Rafale effectuer des vols de reconnaissance ! On imagine que cette annonce n’a pas dû trop émouvoir les chefs de Dae’ch qui continuent à assassiner, à violer, à torturer et à détruire les merveilles archéologiques qu’ils trouvent sur leur chemin.
Il faut être François Hollande et ne rien comprendre à l’évolution du monde dans lequel nous vivons pour refuser de voir cette guerre. Car tel Lagardère, si nous refusons d’aller à ce conflit, ce conflit vient à nous et s’incruste dans notre vie quotidienne sous la forme des dizaines de milliers de migrants qui fuient leurs pays et cherchent refuge en Europe, comme beaucoup de juifs allemands, polonais, autrichiens ou hongrois ont trouvé asile en France à la fin des années 1930. Bien sûr, parmi ces populations qui traversent la Méditerranée, il n’y a pas que des hommes et des femmes qui fuient la guerre. Il y en a beaucoup qui profitent de ces filières de passeurs pour rejoindre un continent qui distribue à lui seul 50 % des aides sociales versées sur la planète alors qu’il ne concentre que 7 % de la population mondiale. Le pape, lui-même, ne s’y est pas trompé en demandant à nos paroisses d’accueillir les réfugiés de guerre, passant sous silence les migrants économiques. Et quelle autre attitude est possible ? Lorsque vous êtes marin et que quelqu’un chavire à quelques milles de votre embarcation, la loi de la mer oblige n’importe quel bateau à tout mettre en oeuvre pour sauver cet individu en danger de mort.
Mais l’angélisme ne peut en aucun cas servir de politique. Il n’est pas possible d’avoir à la fois des dirigeants qui refusent de mener la guerre qui leur est livrée et, en plus, d’en subir les conséquences en accueillant à bras ouverts tous ceux qui débarquent en France. Il est tout de même grave que face à ce sujet si complexe des migrants personne, ni à gauche ni à droite, ne se pose trois questions fondamentales. D’abord, dans quelle mesure ces migrants, qui débarquent sur nos côtes dans des embarcations fournies par des filières mafieuses, ne sont-ils pas une sorte de providence pour Dae’ch ? Qu’ils soient poussés de Syrie ou d’Irak par la force vers l’Europe et non vers la Jordanie, la Turquie ou le Liban est un acte de déstabilisation de l’Occident. Pourquoi ce mouvement ne serait-il pas orchestré par les combattants de l’État islamique pour affaiblir notre civilisation dont ils veulent la mort ? Comme le rappelle le dernier numéro de The Economist, nos démocraties ne savent pas plus gérer cette misère qui débarque sur nos trottoirs que les otages odieusement médiatisés ou, il y a quelques années, les boucliers humains mis en place par Saddam Hussein.
Le deuxième sujet, qui interpelle, à juste titre, beaucoup de nos lecteurs qui ont combattu le nazisme dans des conditions bien plus terribles, concerne tous ces jeunes hommes en âge de se battre contre Dae’ch et qui préfèrent fuir leur terre sans avoir livré le moindre combat. Quiconque est attaché à son pays commence par prendre les armes, quelle que soit la nature de l’ennemi. Quand on songe à tout ce que nos jeunes résistants ont livré comme combats entre 1940 et 1944 sans moyens, et sans appuis, on ne peut que s’étonner devant ces migrants qui sont plus attirés par nos aides sociales que par le sens de leur patrie. Enfin s’est-on demandé combien de djihadistes en puissance infiltraient ces dizaines de milliers de migrants ? L’un d’entre eux a été arrêté la semaine dernière lors d’une tentative de passage en Grande-Bretagne. Mais combien d’autres débarquent en Europe pour y importer cette guerre que nous ne voulons pas livrer ? Voilà pourquoi, plutôt que de faire un concours de générosité, il serait temps, comme les Russes, de prendre enfin le taureau par les cornes et de reconnaître que seule l’extermination de Dae’ch permettra à l’Europe de ne pas être déstabilisée politiquement, socialement et économiquement par tous ces migrants dont l’avenir est sur leur terre, une fois la paix revenue.
mardi 27 octobre 2015
La TV italienne au secours de l'économie
J'ai eu la chance de participer à un colloque en Italie sur l'influence de la TV dans le sauvetage de l'économie italienne. Dans aucun autre secteur, les tentatives pour contrôler le contenu de la télévision ne furent aussi
explicites que dans la publicité. Devant choisir entre l’inondation publicitaire du modèle américain
et l’interdiction totale décrétée par la BBC, la Rai crée une forme de réclame originale. Elle
regroupe tous les messages publicitaires dans une émission d’un quart d’heure appelée Carosello
présentée au moment des plus fortes cotes d’écoute, juste après la télé journal du soir. Dans chaque
bande-annonce d’une durée de 110 minutes, le produit annoncé ne peut être nommé qu’au début
ainsi que cinq secondes avant la fin, le reste du temps étant réservé à de petites histoires, à des
dessins animés ou à des fables. Carosello a ainsi une très forte popularité auprès des enfants. Il est
alors commun pour les parents d’aller coucher les enfants «après Carosello». En 1960, trois ans
après sa mise en ondes, Carosello constitue le programme télévisé le plus regardé.
Ainsi, la télévision transforme radicalement les habitudes de vie. Alors qu’anciennement le soir les
familles se retrouvaient autour du foyer, dorénavant on se retrouve autour de la télévision. Même
qu’au début, la télévision devient une forme de divertissement publique, puisqu’avoir un appareil
privé est un privilège réservé aux riches. Pour plusieurs, principalement dans les campagnes, la
télévision des bars devint un moment de réunion. Encore aujourd’hui, la télévision demeure
étonnamment très présente dans les restaurants. Cependant, au fur et à mesure que les appareils
privés se sont diffusés dans les foyers, l’habitude de regarder la télé au bar ou chez le voisin à
disparue.
D’autres phénomènes ont accompagné «la grande transformation» de l’économie italienne. Entre
autres, on a assisté à une individualisation des loisirs et à un repli des individus sur la cellule
familiale. Ceci a entre autres été le cas des nombreux émigrants du Sud qui arrivés au Nord ont
alors perdu leurs réseaux sociaux et familiaux traditionnels et se sont vus contraint à modifier leurs
rapports publics. Enfin, si les Italiens demeurent parmi les peuples les plus religieux d’Europe, la
religion catholique a accusé un très fort recul, principalement quant à la fréquentation des églises.
Aujourd’hui, l’économie italienne demeure parmi les plus fortes économies du monde. Il s’agit
d’une économie industrielle avancée comparable à celles de la France ou du Royaume-Uni. Elle
demeure néanmoins divisée entre un Nord industriel où dominent les entreprises privées et un Sud
agricole où prévaut un taux de chômage de 20 %. L’Italie doit importer la majorité des matières
premières nécessaires à ses industries ainsi que près de 75 % de l’énergie requise. Depuis 1992,
elle a adopté des budgets et des agendas financiers répondant aux exigences de l’Union Monétaire
européenne. Cependant, ses performances économiques des dernières années ont été en deçà de
celles de ses partenaires européens. L’Italie se doit donc de tenter de stimuler la création de
nouveaux emplois, d’encourager la flexibilité du travail, de réformer son système de pensions de
vieillesse, et enfin tenter de diminuer la part de l’économie informelle. (source: séminaire italie)
Transformer le journalisme
Le secteur de l’information va mal ? C’est de la faute aux médias, entend-on dire le plus souvent. Les journalistes en poste seraient pour l’essentiel des conservateurs, des rentiers de l’information et les patrons de presse des demeurés qui, comme le reste des élites de ce pays « ne comprennent rien au numérique ».
La crise de la presse étant constatée (encore faudrait-il se mettre d’accord sur ce dont on parle, mais bon...), ce sont les solutions qui importent désormais. Jacques Rosselin a créé Courrier International, puis Vendredi (tentative de faire passer les contenus des blogs sur papier) ; il nous a fait parvenir ce texte dans lequel il imagine une solution radicale : mettre fin au modèle économique actuel de la presse, et faire de tous les journalistes des intermittents. Vu la crise du régime des intermittents, c’est osé. Mais au moins, ça fait réfléchir. Xavier de La Porte
Quand bien même ces sévères critiques seraient, au moins partiellement, fondées, leur fatalisme décourage la réflexion. Nous voilà condamnés à assister tristounets à une lente agonie de l’information de qualité en attendant son hypothétique renaissance. La presse, après ces quelque 150 années d’existence – une parenthèse dans la longue histoire du monde – n’échappera pas à la loi de la « destruction créatrice », la formule apprise jadis à la fac d’éco, plus ou moins assimilée, et qui connaît un regain de popularité, notamment sous l’effet des « disrupteurs », des « barbares » de l’économie numérique qui nous la régurgitent aujourd’hui après une rumination express.
« Bâcher » les médias traditionnels, comme on dit aujourd’hui, est non seulement décourageant pour la suite, mais injuste. Rappelons d’abord que, depuis 20 ans, ces entreprises ont mis en œuvre, parfois à marche forcée, des changements importants dans leur offre et leur organisation, et qu’elles restent tous des marques fortes et en tête des audiences numériques des sites d’information. Rappelons aussi que ces nouvelles audiences ont renouvelé et dopé leur lectorat papier, qui était en baisse régulière depuis les années 70, donc bien avant la naissance du Web.
Hélas, ces efforts et ces beaux résultats n’arrangent rien : même si ces médias traditionnels ont vaillamment engagé leur mutation numérique, leur situation économique s’est dégradée. Un chiffre qui résume la situation de la presse : pour 10 euros perdus dans les revenus du papier, un journal compense par un revenu sur le numérique de 1 à 1,5 euros. Et malgré les discours incantatoires de ceux qui nous prédisent le retour de l’information payante (« Regardez donc Mediapart ! Regardez Blendle ! »), la quasi-totalité des lecteurs se refusent toujours obstinément à payer (de 1 à 3% de l’audience le font – Hervé Lavergne dans « Crise des médias ou Médias de crise » dans la revue Ina Global)...
Le sinistre cliquetis de cette machine à perdre rend fous les plus raisonnables des chefs d’entreprise de presse qui partent, hagards, à la recherche de nouveaux revenus, une quête qui peut les égarer sur les chemins hasardeux de la compromission (demandons à nos annonceurs d’écrire nos contenus et baptisons cela « native advertising ») ou de la crise de nerfs (transformons notre média en bistrot, les mojitos financeront notre service culture).
Les premiers de la classe, eux, ne se démontent et continuent studieusement d’innover, d’investir sans aucune autre perspective de retour que celui d’encouragements de l’Etat (1 à 1,5 milliard d’euros par an d’après la Cour des comptes), aidé modestement par Google (20 à 30 millions d’euros par an), un bon géant plein de commisération et de reconnaissance pour ceux qui, après tout, continuent gentiment de produire et d’équiper leurs rédactions pour nourrir son insatiable estomac de contenus de qualité.
Les pertes se creusent, les équations (ose-t-on encore parler de modèles ?) se compliquent et c’est tout naturellement que la plupart des entreprises d’information sont presque toutes rachetées par de riches mécènes qui, soyons-en persuadés, n’ont pas tant le souci du compte d’exploitation que celui de la santé de notre démocratie. Côté audiovisuel, l’affaire est entendue dans la mesure où le secteur public domine très largement l’offre d’information de qualité avec un budget de 3 à 4 milliards d’euros par an pour France Télévisions et Radio France réunis et 3 000 journalistes cumulés, soit la plus grande rédaction de France. Ajoutons à cela l’AFP, également financée par l’Etat, et dont la plupart des sites d’information, traditionnels ou numériques, se nourrissent à haute dose.
L’argent public – et dans une bien moindre mesure celui des mécènes – combinés à la volonté de changement des entreprises d’information, ne semblent pas suffire. Comme si tout le monde mettait de l’essence, appuyait sur l’accélérateur mais que quelque chose soit fatalement endommagé sous le capot de la guimbarde. Alors on a recommencé à parler de la guimbarde elle-même, de « l’écosystème » pour employer un terme à la mode.
Tout le monde s’accorde à dire avec le recul que les Etats généraux de la presse organisés par Sarkozy en 2008 ont accouché d’une souris. Bricoler à la marge le vieux moteur ne sert plus à grand-chose... Plus récemment, Julia Cagé (un livre), Jean-Marie Charon (un rapport), Pierre Rimbert (un article) et le collectif Médias Libres (un forum) ont, chacun de leur côté, attaqué dans le dur. La piste est la bonne, creusons-la : c’est l’écosystème, celui qui a 70 ans cette année, qu’il faut transformer. Sans changement radical de l’environnement économique de l’information et de ses règles, les médias, les journalistes et les pouvoirs publics auront beau se décarcasser, rien n’avancera. Oui, un changement radical. La mécanique est trop usée pour se contenter d’un rafistolage.
Mais alors quel changement ? Laissons de côté la solution de la voiture sans conducteur, Google lui trouvera certainement un avenir sur les autoroutes de l’information ou celles de Californie. Pour lancer le débat et donner la mesure du degré de radicalité que l’on pourrait estimer nécessaire, je propose d’aller au-delà des bonnes idées que sont le changement de statut des entreprises de presse (Cagé), l’impulsion donnée à l’innovation et à la création d’entreprises et d’incubateurs de l’information (Charon), la mutualisation des moyens de production (Rimbert) ou le soutien à un tiers-secteur associatif de l’information. Ce sont de bonnes pistes mais elles passent à côté de l’éléphant dans la pièce, à savoir l’équation économique et des solutions durables. Arrêtons tout, faisons un pas de côté et réfléchissons, comme disait le regretté Gébé dans « L’An 01 ».
Mon premier réflexe à la lecture du rapport de la cour des comptes de 2013 avait été de benoîtement prendre la somme dépensée chaque année par l’Etat en aides à la presse et de la diviser par le nombre de cartes de presse en France. Cessons de financer les médias, finançons directement les producteurs de l’information, à savoir les journalistes, osais-je alors.
Ce « revenu de base » pour les journalistes permettait de les affranchir de la dépendance économique, donc de les laisser librement faire leur travail et de le diffuser au mieux, soit directement, soit via un média d’information, réduit dans ce scénario au rôle d’éditeur et d’animateur d’une communauté d’intérêts ou d’engagements (après tout qu’est qu’un média sinon une entreprise d’information qui fédère une communauté ?). Il ne s’agit donc pas de faire disparaître les médias, mais de les laisser se concentrer sur leur rôle et les journalistes sur le leur.
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